Je viens de vivre une expérience au delà des limites de ma vie. En même temps, c’est un peu ça que je suis venue chercher, ici, sur une petite île de Colombie Britannique, au fin fond du Canada.

Depuis un bon mois, je vis ma vie non pas à pile ou face, mais dehors. Hundred pourcent.

Les journées je marche, je pellette, je pousse des brouettes, je transplante, je désherbe ET j’apprends à redevenir une femme préhistorique. 

C’est pas du tout « tannant après un bout ». Ce n’est pas revenir à l’aire de la bougie, mais revenir, vers les savoirs de mes ancêtres.
J’ai toujours senti qu’un truc hyper important me manquait à l’intérieur de moi même. Observation de la nature, ouverture et expansion des sens, les plantes comestibles, comment faire un feu sans allumette (c’est trop dur j’ai pas réussi…compétitrice moi, ha oui, on apprend beaucoup sur soi en essayant de faire un feu, pffff).
Il pleut parfois, souvent, il fait chaud parfois, rarement, il fait gris parfois, pas mal. Y’a Colombie dans le nom mais faut surtout retenir le «Britannique», et ce avec le froid du Canada en plus. Niiiiice (pas Nice, naïïïsse).
Les nuits sont courtes, on est proche du solstice d’été. Je dors peu, mais j’ai pas sommeil. Tiens c’est étonnant ça.
Ça me rappelle Saint Jacques de Compostelle où tu fais tes 40 bornes par jour, tu dors 2h voire 0 à cause des 50 ronfleurs dans ton gîte d’étape communal, tu te lèves quand même au petit matin comme une fleur et refais tes 40 bornes etc…là ce ne sont pas les ronfleurs mais les grenouilles qui croassent à intervalles réguliers. Ou les corbeaux qui jouent ou marquent leurs territoires (y’a débat), aussi. 4h30 du mat, j’aime moins. Pas beau le chant du corbeau. C’est comme les ronfleurs tiens.
Bref, donc, les grenouilles rythment ma nuit.
Le soleil, sa lumière, sa chaleur, parfois le vent, les oiseaux, les aigles me réveillent doucement (à ce propos le cri de l’aigle est tout à fait mélodieux, ON NOUS A MENTI! faut pas croire les films américains). Le mal de dos et l’envie de faire pipi aussi (c’est fou comment quand on est dehors c’est tellement plus difficile de se retenir de faire pipi). OK ça fait moins glamour dans l’histoire.
Mais ce sont ces découvertes nouvelles, de l’envie de faire pipi au chant des oiseaux, qui nous font ouvrir les sens, sentir le corps et ses besoins, ses sensations, qui nous font nous sentir vivant, en fait. C’est comme ce matin, je me suis assise pour la première fois depuis longtemps sur un sofa tout mou, et j’ai trouvé ça trop…confortable !

En fait, le confort, ça endort. Ça limite. A l’intérieur, protégés mais enfermés, on s’emmerde.

Autrement dit: le moins confort, ça réveille. Ça délimite. Dehors, découverts mais libérés on apprend à se démerder.

(De l’art de remettre à l’endroit une phrase, du coup elle prend un tout autre sens n’est il pas ?)
En fait c’est comme si on avait pris les trucs biens, on en a fait la négation, en disant que maintenant ce serait ça les trucs qu’il faut faire…ça doit venir de Luther, ou du péché originel, enfin de certains qui n’aimaient pas qu’on prenne son pied avec un peu tout quoi, surtout dehors, bref, autre sujet philosophico-historico-religiozo…)
Dehors, découvert, on se découvre quoi. Non ne sortez pas couvert. Sauf dans le cas du sujet de la pub bien sûr. Même si on peut aussi être enfermé dehors. Bref dedans, on est couvert, c’est un fait factuel. Couvert par nos 4 murs et la chaleur instantanée de l’air conditionné. Couvert par le bruit de la ville et nos to do list. Couvert par la pollution et les attentes d’une société qui nous empêche de respireeeeer !!
Délivréeeee, Libéréeeeeee
Me voilà donc en pleine nature. Les yeux bandés.
On m’amène auprès d’un arbre au hasard dans la forêt.
Comme suggéré, je passe quelques instants avec cet arbre à le prendre dans mes bras.
Je précise que la Colombie Britannique, le Canada en général, excepté les villes de la frontière américaine où vivent la plupart de la population, n’est qu’une immense étendue de forêt (encore peu exploitée, c’est pas comme chez nous, tellement c’est grand). Un arbre parmi des milliards donc.
Revenue au point de départ, on enlève mon bandeau, je peux retrouver cet arbre, c’est dans le corps, il paraît. Alors je joue le jeu. Je ferme les yeux, j’essaye de sentir si je ressens quelque chose.
Et ben, le pire, c’est que oui. Je sens là bas, une présence, dans cette direction là. J’y vais. Parfois ça s’atténue, parfois ça s’intensifie. J’oriente mes pas en fonction de l’intensité de ce quelquechose. Quand j’ai un doute, je m’arrête, je ferme les yeux, et je sens à nouveau cette présence là bas. Je repars. A un moment, je vois un (parmi les milliards hein) arbre devant moi. Je me dis c’est lui. Tout en me disant c’est pas possible !
Ça ne peut ! C’est trop facile !
Je repars, bien décidé à faire mentir le « c’est dans le corps », je vois d’autres arbres, en me disant, ça peut être lui ou lui ou lui. Mais non, ils me font pas le même effet ceux là ! C’est celui là qui me fait de l’effet. (Il est où le mec qui me fera ce même effet hein hein ?). Je ne peux en choisir un autre. C’est une évidence. Je dis : « c’est celui-ci ? ». On me répond : « oui ».
Je me souviens de l’aventurière Sarah Marquis qui pleurait toutes les larmes de son corps quand après 3 mois dans le désert australien, seule, en totale autonomie, récoltant sa nourriture quotidienne dans la nature, elle retrouva son arbre. Maintenant, je comprends.

Un lien d’un autre type se lie avec certains éléments de la nature.

Elle l’avait rencontré à son dernier voyage cet arbre là, elle avait décidé d’y revenir. Me demandez pas comment ça marche, ce lien fort et invisible. Enfin si, allez voir du côté des mécaniciens quantiques, eux ont les réponses. En gros c’est une question de niveaux d’énergie quoi (j’ai fait ça en math sup).

Bon voilà, en quelques secondes avec un arbre, j’ai réussi à reconnecter mon état de connexion que j’avais découvert pour la première fois en marchant pendant des semaines, seule, into the wild, vers Saint Jacques de Compostelle. Sur le chemin, j’avais fait l’amour avec le vent, je m’étais retrouvée face à un pommier au fruit le plus délicieux jamais gouté au moment même où je commençais à me dire que j’avais faim, une personne m’avait appelée et invitée à boire un verre chez elle à l’instant même où je me disais que je commençais à souffrir de solitude dans ma marche solitaire…il paraît que ce sont des synchronicités. Il paraît que la nature pourvoit à nos besoins (oui oui même faire l’amour).
Il paraît que parler avec elle est inscrit dans notre corps. Dans notre ADN. Il paraît que les hommes préhistoriques, en mettant la main sur la trace d’un animal, pouvaient indiquer sa position, et son attitude. Il paraît qu’en célébrant les saumons, ils peuvent revenir dans la rivière. Il paraît que tout est connecté. Que tout et chacun a besoin d’attention. Qu’il suffit juste de ré-apprendre à communiquer (communiquer vient du latin communicare : mettre en commun, dérivé de communis : commun).
Rituels, chants, rites de passage, danse, partage des histoires, expansion des sens, que sais-je. A part que j’ai tout à ré-apprendre. Nos ancêtres utilisaient ce langage comme ils respiraient. C’est ainsi que l’humanité a (sur)vécu dans un environnement sauvage avec des prédateurs puissants. Peut être était-elle plus heureuse dans ces temps là. Moins confortable, sûrement, mais connectée.

« Il paraît qu’on est appelé à se réveiller. Sinon c’est la nature, en danger, qui va nous éjecter

Moi je choisis…
Libérée, délivrée,
La nature me tend les bras,
Libérée, délivrée,
Le confort est pour moi le prix de la libertéééééé.

3 COMMENTAIRES

  1. Contente pour toi, quelle belle expérience : je te souhaite de continuer à vivre de tels moments de VIE.
    Et sinon, tu reviens quand en France, non parce qu’à te lire, je me dis que tu serais une personne avec qui j’aimerais monter un projet d’habitat partagé :+)
    Enjoy every minute of life !

LAISSER UN MESSAGE