Moi vouloir redevenir femme préhistorique. Quand je dis préhistorique, je veux dire femme sauvage, en fait. Connectée, pleine de moi-même et du tout. Illuminée? mais non, ancrée! enfin, illuminée et ancrée quoi. ça fait un équilibre.

Donc après avoir appris à faire un feu sans allumette (euh pas encore réussi c’est hyper dur), à me nourrir des plantes de la nature (euh reste pas grand chose au niveau diversité à manger hein, ça va être compliqué de redevenir cueilleur), à développer mes sens en marchant pieds nus, (euh en plus avec les yeux bandés, tu deviens un animal, faut le savoir), à retrouver un arbre les yeux bandés (euh là je suis calmée quand même), à reconnaître le langage des oiseaux et les alarmes avertissant d’un prédateur, à observer, écouter, toucher, goûter, ressentir, vivre dehors 100% du temps, me voici prête et armée pour l’épreuve ultime.

Enfin un peu plus qu’avant, déjà. Le rite de passage. Comme ils faisaient dans les sociétés primitives. L’adolescent partait une semaine dans la nature sauvage. Le risque était connu et accepté qu’il ne revienne pas. Mais c’est ainsi qu’on survit dans un environnement avec des prédateurs, en affrontant la solitude et la mort, et qu’on devient un homme (euh eux c’était à 14 ans no comment…). Les femmes, elles n’avaient pas de rite de passage de ce type: elles ont eu leur première expérience de la mort avec leurs premières règles et elles ont ce que n’ont pas les hommes : elles donnent la vie. Elles ont en elles la capacité à prendre soin. Elles sont connectées naturellement, elles. Pas besoin de rite de passage de ouf.

Bon, sauf que maintenant, les femmes étant devenues des vrais mecs (faut bien pour faire sa place dans ce monde de kékettes hein), elles aussi doivent refaire des rites de passage. Bon moi c’était pas une semaine, déjà 24h dans la nature sauvage, seule, en autonomie absolue. Sans rien du tout que moi même.

Comme dans une société traditionnelle, l’épreuve étant pas euh si évidente, en fait, le soutien de la communauté est essentielle. Nous nous posons donc, pour notre départ, en cercle, nous faisons comme d’habitude les gratitudes, puis nous posons notre intention pour ces 24h. Certains veulent pratiquer toutes les techniques de survie : faire un abris, un feu, manger ce qu’il y a. D’autres veulent juste essayer d’être simplement présent à ce qui est.

Quand arrive mon tour de partager mon intention, je voulais dire « j’ai l’intention de méditer sur le sens de ma vie » et je sors à la place « je veux libérer la femme sauvage qui est en moi ». Merde, ça sort d’où ça.

La mentor Ingrid me dit en rigolant « n’oublie pas de ramasser tous tes vêtements en partant ! ». Jean Claude l’autre mentor nous rappelle « écoutez bien votre body radar, il vous fera trouver l’endroit dont vous avez besoin ». Ouais, vu qu’avec l’arbre, c’est ça qui s’est passé, ok je vais réessayer ce truc de fou. Ça m’éclate bien en plus.

Nous voilà tous partis, à nous éparpiller dans la forêt sauvage et inconnue, brrrrr, Je m’arrête, je ferme les yeux pour mieux ressentir mon body radar (maintenant ça y est, il est mon ami). Et ça me reprend, je sens un truc qui m’attire dans une direction donnée plus que les autres.

OK j’y vais mère nature, ok ok…je franchis une raide colline dans les ronces, j’arrive dans une espèce de plaine arborée où je sens plus rien du tout. Mince. Je me reconcentre. Me vient la vision d’un monticule ensoleillé. Ha tiens, c’est que ça doit être ça mon sit spot. J’ouvre les yeux, regardant alentour, et hop, voilà t’y pas que je vois l’image de ma vision. J’y vais, je monte dessus.

Mais je sens pas que c’est là. Hey ho body radar, tu me racontes des cracks ou quoi !? Je ferme les yeux. Il me dit, va encore un peu plus par là. C’est pas loin. Et là j’arrive dans un endroit où y’a rien que des arbres, de la mousse, partout de la mousse, comme dans Blanche Neige. Je sens que c’est là. Je comprends pas trop pourquoi parce qu’il n’y a vraiment rien de spécial, rien de remarquable, rien de beau à voir. Mais bon, je sens que c’est là. Y’a de la mousse, au moins ça sera plus confortable qu’un sol bien dur pour « essayer » de dormir. Je pose mon mini sac (j’ai pris mon sac de couchage et de l’eau quand même). Je lève les yeux. Et là je vois….

Une statue.

Un visage, un nez, une cape. Faite de branche bien sûr, comme si elle avait été faite par l’homme, d’ailleurs c’est peut être le cas, mais pas sûr. Peu importe. Un vieillard, un prêtre, clairement, il tient un bâton de cérémonie dans sa main. L’évidence : c’est un prêtre devant son sanctuaire ! 2 petits arbres à l’entrée comme 2 colonnes, 2 arbres pour chaque mur, et ce gros arbre, là, siège du temple. Finalement il a bien quelque chose de remarquable cet endroit. Il fait beau, il fait chaud pour la première fois, le vent fait vibrer les feuilles des arbres. J’enlève tous mes vêtements.

Une journée de pur orgasme.

J’ai questionné mon prêtre, passé des moments à méditer au pied de l’arbre siège du temple, fraternisé avec un couple de petits oiseaux au chant bizarre, habitants de ces lieux bien avant moi, observé les cerfs et les écureuils qui passaient non loin de moi, la course du soleil, la sensation de ses rayons, du vent, sur mon corps. J’ai habité cet endroit. Je n’ai pas vu le temps passer.

Puis des hordes de moustiques affamés et vrombissants sont arrivés. Et là j’ai commencé à flipper, à me dire que j’allais me faire bouffer, que jamais je ne dormirais. Je m’étais mise la pression, c’était mon objectif ultime : dormir un peu, ne serait-ce que quelques heures, seule, avec les bruits de la nature.

J’ai jamais fait. Jamais passée une nuit à la belle étoile ! moi la parisienne qui ne peut dormir sans boule quiès et sans son silence absolu dans ses 4 murs et son lit douillet, gros, gros, groooos challenge !

Je voyais déjà ce challenge perdu, et pour une femme de challenge, c’est pas cool. Décidément, on peut passer de l’extase au stress en un instant, se retrouver face à ses potentialités mais aussi ses limites en un rien de temps! Tiens tiens, intéressant. Finalement, une mise en situation en pleine nature (jour et nuit) vaut mieux que 100 rendez vous chez le psy!

Il me vint finalement une idée géniale : j’allais me constuire un mini abri pour ma tête, comme pour faire moustiquaire. Et me voilà partie à faire un truc que je n’avais pas une seconde imaginé faire.

Les deux branches se finissant en fourche pour faire l’entrée, une longue pour faire le support du toît, des bâtons de différentes tailles pour faire les murs, branchages, petits bois, feuilles, pour faire l’enduit, et voilà !

Fière comme tout, je faufile la tête dans cet abri étroit, ça marche ! Les moustiques restent à l’extérieur et ne rentre pas, et je ne les entend pas ! Yeeaaaah !!!!!

La mousse est confortable. Je ferme les yeux. Un bruit, un autre, des bruits, pleins de bruits.

Je flippe. Mon cœur bat la chamade. Je vais jamais dormir…je me dis qu’il faut que je me calme. Je connais cet endroit j’y ai passé la journée…oui mais la nuit c’est d’autres bêtes que je ne connais pas   haaaa !…calme toi ma fille, ce lieu t’est familier maintenant, tu y a passé du temps, tu l’as observé, découvert, étudié, senti, tu as appris à le connaître, à l’aimer…confiance… petit à petit les bruits se font…présence, comme partie de ma maison. Rassurant, finalement. Je commence à me calmer. Et je dors.

Nous devions nous retrouver au point de départ lorsque le soleil était au même point que lors de notre départ. J’ai eu beaucoup de mal à déterminer cela. Je n’ai jamais observé la course du soleil ni donc appris à la lire. Lacune là ma fille la preuve. J’ai retrouvé le chemin du retour je ne sais pas trop comment (pas évident non plus ça), le son du tambour nous précisant le lieu exact à l’arrivée.

Là la communauté au sens large nous attendait. Famille, amis.

On me l’avait dit l’importance d’être « accueilli », surtout après des expériences fortes comme celle ci.

Jo, une canadienne que je connaissais seulement depuis quelques semaines m’avait spontanément proposé de m’accueillir, ça m’avait extrêmement touchée. Encore plus quand j’ai vu tous ces gens qui nous attendaient. Rien besoin d’ajouter sur l’importance de la communauté soutenante et attentionnée. Il parait que ce qui profite à l’évolution de l’un, profite en fait à l’ensemble de la communauté. Logique.

Puis nous avons tous partagés notre expérience. Ceux qui voulaient construire des abris ne l’ont pas fait. Et réciproquement. Ceux qui voulaient méditer se sont perdus et n’ont pas réussi à se poser. Ceux qui voulaient bouger et se balader ont dormi pendant 24h. D’autres n’ont pas pu parler tellement ils étaient émotionnellement touchés.

Voilà, pour la première fois de ma vie, j’ai passé 24h, seule, sans nourriture, sans confort, dans la nature sauvage. Je n’ai souffert ni de la faim, ni d’ennui, ni de manque de confort. Tout le contraire.

Comme si j’étais « nourri», autrement…

 

2 COMMENTAIRES

  1. Waaahhh j’adoooore !! Trop tentant comme expérience. Veinarde !
    Je pense que tu as vraiment bien fait de traverser l’océan pour aller te chercher.
    Et je trouve que tu racontes très très bien. Merci pour le partage…
    Encoooore !!!

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