On vit tous dans un bon confort. N’est il point ?  On croit que cela demande un effort vertigineux et donc totalement impossible de quitter ce confort puisqu’il est le Graal mondial.

Sous ce terme j’y mets quoi ? j’y mets: la croissance, la consommation, le dernier iphone 158 en remplacement du 156, le ski à Megève ou le pastis à Port Barcarès. Tout ça c’est la même chose, le niveau de « confort » dépendant du compte en banque (et je précise que je préfère le pastis à Port Barcarès que le ski à Megève, je ne fais pas de racisme de niveau moi).

On croit qu’en quittant le confort on va rentrer dans l’inconfort, finir sous les ponts, descendre l’échelle sociale, plus aller bien du tout. Genre mourir quoi. En fait, on en sait rien. Ce qu’on sait, c’est qu’on a une trouille bleue de changer. De quitter le monde de rêve que tout le monde dit que c’est le monde de rêve parce que c’est le seul qu’on connaît et dont on entend parler partout. 

Pourtant je l’ai fait, j’ai changé. Je suis passée par toutes les étapes, la trouille, l’angoisse, la peur du vide, du saut dans l’inconnu et tout et tout. Pourtant une fois passée de l’autre côté, en fait du vide, ben y’en a pas plus, pas moins, de la trouille, pas plus, pas mois, mais des renoncements à moi-même, donc des anti-dépresseurs et des maladies, moins, ça c’est sûr. Bon tout cela paraît un peu péremptoire, essayons une démonstration plus concrète …

Après mes semaines passées dans une petite île de la Colombie Britannique, immergée nuit et jour en pleine nature, avant de reprendre mon vol pour Montreal, j’ai réservé une chambre avec un vrai lit à Vancouver. Je vous jure que j’appréhendais. Moi qui ne pouvais dormir sans boule quiès au moindre bruit, sans un lit à l’exact fermitude qu’il me faut, le noir total sinon ça me réveille, la protection des 4 murs de ma chambre de mon appartement de mon immeuble dans une ville avec des gens autour sinon j’ai peur !… j’appréhendais le retour à la civilisation et…dormir dans une chambre et dans un vrai lit. Moi, j’appréhendais ça…je pensais pas un jour dire ça, et encore moins le ressentir…et encore moins que c’est possible…

Et ben j’avais raison d’appréhender ! Quand je vous dis que le vrai sujet c’est le changement… j’étais mal. Ohlala j’étais mal ! Je n’ai pas pu dormir de la nuit. Le bruissement des feuilles me manquaient, le chant des oiseaux aussi, l’odeur particulière, mi-humide, mi-…aérée de l’atmosphère, le plaisir de la sensation de n’avoir qu’une toile de tente ou rien qui me protège du reste du monde me manquaient, le lit tellement « confortable » que c’était insupportable, trop mou, trop dur je sais pas mais trop confortable ça c’est sûr, j’étais pas bien. J’avais complètement changé mon environnement, ma façon de vivre, d’un coup brusque et sec, et j’étais mal. Changement trop brutal.

J’avais quitté le soi-disant « inconfort » pour le « confort ». Et j’étais pourtant mal, tendue, perdue. En fait c’était le contraire, j’étais dans l’inconfort dans le confort. Fou non ?

Pour avoir vécu longuement les deux options : le « confort » de la ville high tech ou l’immersion « inconfortable » dans la nature, je peux vous dire que le confort c’est vraiment relatif. Si moi une parisienne peut m’habituer à vivre en pleine nature jusqu’à trouver cela confortable. Un ours des montagnes peut aussi s’habituer à vivre dans la ville hight tech et trouver cela confortable. Moralité : y’a pas à avoir peur du changement, quel qu’il soit, puisqu’on finit toujours, quel que soit le choix, dans le confort !

J’vous en bouche un quoi avec ma démonstration imparable là non ?

Dis autrement, on peut certes trouver de l’habitude et du plaisir dans le confort, pour y avoir goûté longtemps et sûrement, la civilisation a du bon hein, mais _et cela je pense est plus difficile à appréhender pour l’homo economicus croissancus consommatus qui a la mega-trouille du changement_on peut aussi éprouver du plaisir et trouver de solides habitudes dans le soi-disant « inconfort ».

Donc comme quoi, la peur de perdre son « confort » ça ne veut vraiment rien dire.

Ce qui est réel, c’est la peur du changement. Et c’est vrai que ça fait passer par des phases un peu…inconfortables. Mais ce que je veux bien vous faire comprendre, c’est que ça marche dans tous les sens, ce truc là.

Autre exemple démonstratif que ça marche dans tous les sens.

J’ai débarqué, après des semaines immergée en pleine nature dans une ville inconnue pour moi où je ne connaissais absolument personne : Montréal. Ok j’étais tendue tout ça, l’inconfort dans le confort…et je me demandais aussi ce que j’allais bien devenir dans tout cet inconnu. J’étais doublement pas confortable quoi. Petit à petit, j’ai pris l’habitude d’aller boire mon café dans le même café, petit à petit le bonjour ça va bien, est devenu, mais que fais tu ici/dans la vie? Etc… j’ai fait du bénévolat pour un festival, j’ai commencé à comprendre la culture locale et à échanger avec des autochtones (ben oui ils parlent français mais c’est pas la même culture!), j’ai commencé à avoir mes petits plaisirs et mes petites habitudes, mon environnement est devenu familier…et me voilà en deux deux à nouveau dans le confort…

Partir un an faire le tour du monde ça fout la trouille. Revenir de son tour du monde, ça fout la trouille. Déménager dans une nouvelle ville, ça fout la trouille. Redéménager dans sa ville ça fout la trouille. Se retrouver seul ça fout la trouille. S’engager dans une nouvelle relation ça fout la trouille etc etc…Mais au final, une fois qu’on y est, on s’y habitue, on s’y fait, voire même on apprend à l’apprécier. Ca c’est quand c’est le bon changement, mais comment le savoir si on en essaye pas hein hein?

On nous a juste bourré le mou que la croissance c’est le seul truc confortable et que tout le reste, ça vaut rien du tout. Voire même que tout changement nous entraînera dans l’inconfort de la perte absolue de notre existence. Ce qui est très con, réducteur et incomplet.

La preuve, moi je trouve ça plus « confortable » de vivre dans une connexion à la nature que dans la chaleur de l’air conditionné qui m’empêche de respirer. Je dors mieux quoi. Je mange mieux, je respire mieux, je me sens mieux, en un mot : c’est plus confortable.

Moralité, pour trouver son VRAI confort à soi, il est bon d’essayer le(s) changement(s), même si ça fout la trouille.

Car un jour, après plusieurs changements, on trouve celui qui fait le plus de bien, et on a plus du tout mais alors plus du tout envie de l’i-phone numéro cent cinquante huit mille deux cent cinquante six, ni de la thalasso (bon ok exceptionnellement alors) ni du ski à Megève (de toute façon c’est trop cher), ni des chips au vinaigre (ça fait grave grossir). Bientôt on découvre des plaisirs bien plus puissants dans des habitudes bien plus épanouissantes, peut être parce que plus justes, plus connectées à ce qu’on est vraiment : non plus des economicus consommatus un peu mortus mais des animaux sociaux qui avons besoin de la nature et des autres pour se sentir vivants.

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